Portrait d'un poète : Joë Bousquet, le rescapé croyant au destin !

  • Portrait de Joë Bousquet, le rescapé croyant au destin !

 

 

 

 

Joë Bousquet est considéré comme un artiste Audois. Il a touché de sa plume ceux qui l’entourait. Il est connu pour avoir écrit des vers, des strophes, sur le destin, l’amour, le rêve et le monde.

Voici le portrait d’un homme rescapé, confiné et poète confirmé, croyant au destin.

 

Joë Bousquet est né à Narbonne un 19 mars 1897. Tout petit, il commence à déjouer la mort qui lui colle à la peau. Cela a débuté par sa réanimation suite à la fièvre typhoïde. Il est aussi retrouvé bloqué dans les bras de sa nourrice brusquement décédé … tragique.
Dans son enfance, il est entouré d’une famille d’artisans et de vignerons de l’Aude.

Joë est un « bon vivant » au fort caractère en grandissant. Sa détermination va le mener sur les champs de bataille car c’est à 19 ans qu’il a « ce désir de guerre » et entre dans l’armée lors de la Première Guerre Mondiale.
Malheureusement, sa vie va basculer lors de la bataille de l’Aisne le 27 mai 1918. Joë se prend une balle ennemie dans la colonne vertébrale. Celle-ci bien ancrée, l’handicape à vie ! Il est paralysé de toute une partie du corps (du bassin jusqu’aux pieds). Le futur écrivain, passe le reste de son existence alité.

Le confinement, il connaît et mieux que nous ! C’est vers 1924, que l’on sait Joë Bousquet déprimé, allongé dans sa chambre entre quatre murs, située à la rue de Verdun au centre-ville de Carcassonne. En levant nos têtes vers ses volets, ils sont clos. Malgré son état, dans l’ombre, il trouve la lumière en lisant et écrivant. Il commence à rédiger quelques œuvres. Il remplit les carnets de son écriture accordant peu d’importance au temps.

Bloqué dans la chambre ne veut pas dire rester seul. Beaucoup d’amis vont venir lui rendre visite. C’est le cas de François-Paul Alibert (poète, écrivain et journaliste Carcassonnais), Ferdinand Alquié, Claude-Louis Estève et René Nelli. Ensemble, ils vont créer la revue « Chantiers ». Un projet qui met du baume au cœur à l’artiste.

Toujours couché, il ne reste pas moins inactif avec les années ! Il entretient des relations épistolaires avec ses amis, des artistes, peintres et écrivains comme Paul Eluard (grand poète français) et Jean Paulhan (écrivain). Handicap du corps mais pas de ses sentiments, il va correspondre avec certaines femmes qui vont bouleverser sa vie, en bon séducteur avec les mots.

« La nuance de tes yeux est une saison de mon âme. »
Extrait du recueil « Un amour couleur Thé ». Correspondance a Fany de 1927 à 1937.

Avec le temps, il se fait connaître et devient chroniqueur principal d’un « Cabinet de lecture » de la revue « Les Cahiers du Sud ».

C’est dans les années quarante qu’il est reconnu en tant qu’écrivain ! Il publie beaucoup de poèmes, de romans, d’essais, de correspondances et de journaux. Sa chambre remplit de lumière désormais, fait partie de lui et de sa passion, et Carcassonne devient un lieu de halte pour les artistes français.

Le cœur sur la main, son lieu de vie devient un lieu de résistance et de repos qui permet à une dizaine de juifs et de résistants d’être sauvés de la seconde guerre mondiale et ce, sans quitter sa chambre !

A 53 ans, après de nombreux soins prodigués à l’artiste, Joë meurt dans son lit. Nombreux sont les récits qu’il n’a pas terminés cette année-là, en 1950.

 


Nous l’avons lu, Joë Bousquet a écrit sa propre histoire et fait partie des grands noms de la poésie française. Il nous prouve à travers son handicap et son confinement particulier, que la vie ne s’arrête pas là, les projets non plus et que l’on peut trouver sa voie après avoir vécu le pire.

Son handicap le fera renaître à nouveau et lui aura permis de libérer sa pensée pour les transposer par écrit. Il se sera nourrit de ses rêves et de son histoire pour faire naître la poésie. Il aura rassemblé les hommes, ses amis et relations pour l’amour des lettres.

Comme il le dit si bien « Le poète n'a pas d'âge. Il naît. »

Aujourd’hui, il repose dans le cimetière de Villalier, un village qu’il connaît très bien. C’était son autre résidence où il avait l’occasion d’aller durant les beaux jours de l’année.

Nous finirons par illustrer ce poète avec un extrait de son œuvre « Clairière » dans « La connaissance du soir » :

Il bouge un miroir où s’ouvrent des paupières
c’est l’absence sur l’eau de ton visage
la ballade de son sourire où l’aube t’envoie
née du tremblement d’une étoile qui mourut de revoir le jour

Ton corps se voit dans le noir
moins d’ombre est dans la nuit
que dans mes yeux où tu te lèves

toi de mon nom où tu te caches
toi de ta voix tout ce qu’on a su de ton cœur
et plus vivante pour le soleil que pour les jours

Éclair où se poursuit la ronde du matin
c’est l’hirondelle elle est blanche
Noir passant qu’en sais-tu
Si son ombre l’attache à la rose des neiges
Où jamais le jour ne se pose
depuis qu’il a vu naître et en mourir l’amour

 

  • Anecdote : Joë, n’écrivait pas le « e » avec un tréma. Il l’écrivait tout simplement « Joe ».