Un témoin de l’Inquisition à Carcassonne parmi les collections patrimoniales

 

 

Essentiellement constitué du fruit des saisies opérées au moment des confiscations révolutionnaires, le fonds de la Bibliothèque Intercommunale de Conservation se compose d’abord de bibliothèques d'anciens établissements religieux. Parmi ceux-ci, on distingue par exemple une partie des fonds des abbayes de Lagrasse et Fontfroide, des ordres des Capucins et des Jacobins de Carcassonne, des couvents de Caunes-Minervois et Montolieu entre autres.


Les recherches menées sur les fonds, ont révélé récemment la présence d’un document provenant de la Maison de l’Inquisition de Carcassonne, ce dont témoigne l’ex-libris « domus Inquisitionis » apposé de part et d’autre de la marque d’imprimeur.

En 1229, le traité de Meaux-Paris met fin à la croisade contre les Albigeois et entérine le mariage de Jeanne de Toulouse, fille de Raymond VII, et Alphonse de France, frère du roi Saint Louis.

Le tribunal de l’Inquisition est créé en 1233 par le pape Grégoire IX. Confié à l’ordre des Dominicains pour mener l’enquête et juger les hérétiques, à un moment où le royaume de France reconstruit son unité, il s’agit surtout d’éradiquer le catharisme.

A Carcassonne, les inquisiteurs occupent, pour se loger et instruire les dossiers, une maison située dans la Cité, à proximité de la Porte d’Aude, avec un accès direct à la Tour de l’Inquisition, tribunal de la foi renommé Tour de la Justice au moment de sa restauration par Viollet-le-Duc.


Ce document garde les traces d’un fermoir et se caractérise par une reliure à décor estampé à froid sur ais de bois datant probablement du XVIe siècle pour les parties non restaurées. A l’intérieur, les caractères gothiques noirs et rouges sont typiques des débuts de l’imprimerie.

Il rassemble les Commentaires des épîtres de Paul par Thomas d’Aquin (1225-1274). Toutes les spécificités de la glose médiévale s’y retrouvent sous forme de « leçons » où Thomas d’Aquin reprend les commentaires de ses prédécesseurs qu’il enrichit d’une interprétation plus personnelle, empreinte de l’influence aristotélicienne. C’est d’ailleurs le grand inquisiteur Bernard Gui (1261-1331) – dont un portrait est dressé par Umberto Eco puis Jean-Jacques Annaud dans Le Nom de la rose – qui a rédigé l’hagiographie de saint Thomas d’Aquin en vue de sa canonisation.

On remarque, en page de titre, deux autres ex-libris biffés qui compliquent la reconstitution du parcours de ce document. C’est le seul issu de la Maison de l’Inquisition repéré à ce jour dans les collections conservées par les médiathèques de Carcassonne Agglo. Enfin, ce n’est qu’en 1704, après le décès de Thomas Vidal, dernier inquisiteur de Carcassonne, que la Maison de l’Inquisition est vendue par les Frères prêcheurs à l’évêque Louis-Joseph Adhémar de Monteil de Grignan : ainsi s’explique la présence, dans le fonds de livres des inquisiteurs, d’un livre imprimé en 1532.

 

Sabrina Abadie-Blondy, auteure de la découverte et de l’article.