Blog des médiathèques : Échos des médiathèques- Janvier 2026

À l’occasion des Nuits de la lecture, l’opération « Chaque voix compte » met à l’honneur la lecture à voix haute et le partage des histoires. Des volontaires ont prêté leur voix à des extraits d’ouvrages issus du Fonds local patrimonial, faisant revivre la mémoire et les richesses de notre territoire.
Placée sous la thématique « Villes et campagnes », cette édition invite à découvrir les paysages, les modes de vie et les liens qui unissent espaces urbains et ruraux. Grâce aux voix des lecteurs, les textes prennent vie, se transmettent et se partagent, offrant une nouvelle manière d’explorer notre patrimoine local.

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Issue de l’ouvrage : Carcassonne et le pays carcassonnais de Jean-Claude Capera. Photo prise par le GRAPh

Nuits de la Lecture – Villes et Campagnes (article 1/2)

Michel Maurette : une peinture vivante de la campagne face aux bouleversements modernes


Dans l’extrait de La crue (ici) de Michel Maurette, l’auteur retrace la naissance et l’évolution d’un village montagnard, Vernet, niché au pied du Canigou. Dès les premières lignes, le récit mêle dimension historique, descriptive et poétique : la catastrophe naturelle (« La mémoire des aiguats dans le haut Vallespir » dans Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, t.63, fasc. 1, p.53-63) qui détruit l’ancien village devient paradoxalement le point de départ d’une reconstruction humaine et collective.

À travers une écriture riche en images et en sensations, Michel Maurette donne à voir une campagne vivante, chaleureuse et profondément habitée. Il oppose ainsi deux manières d’occuper et de penser l’espace : celle des habitants anciens, façonnée par l’expérience, la patience et le respect des rythmes naturels – et celle des nouveaux arrivants, influencée par une vision plus moderne, rationnelle et technicienne du monde.

Ce texte s’inscrit pleinement dans le thème « Villes et campagnes », puisqu’il met en lumière les tensions entre tradition et modernité, entre enracinement et mobilité, entre sagesse paysanne et foi dans le progrès. Michel Maurette, écrivain attaché aux paysages méridionaux et à la culture montagnarde, s’inspire de son propre rapport à la nature et à la ruralité pour défendre une relation équilibrée entre l’homme et son environnement. Son écriture témoigne d’une volonté de transmettre la mémoire d’un monde rural menacé par les transformations contemporaines. (Le récit de la vie de Michel Maurette, suivi d’une étude de son œuvre et d’une anthologie réunissant des textes plus ou moins connus, Pennautier, FL 843 MAU).

Tradition paysanne et illusion du progrès : deux visions du monde qui s’opposent

Michel Maurette valorise fortement la vie rurale traditionnelle, fondée sur l’adaptation au milieu naturel et la solidarité entre les habitants. Après l’expérience traumatique de cette crue dévastatrice, les hommes et les femmes du village ont su reconstruire un espace de vie harmonieux en tenant compte du relief et des contraintes naturelles. Cette installation progressive crée un village aux rues étroites et sinueuses, symbole d’une organisation spontanée et organique. Les nombreuses images sensorielles — les couleurs des murs patinés, les fleurs poussant entre les pierres, les sons des voix et du torrent — donnent une impression de vitalité et de douceur.

La vie quotidienne est rythmée par le travail agricole et les saisons. La comparaison avec « la vie sage et réglée des abeilles » souligne l’idée d’une communauté disciplinée, laborieuse et solidaire, où chacun trouve sa place. La nature n’est pas perçue comme un obstacle à dominer, mais comme un cadre à respecter. La formule « le pré doit rester le pré, et la maison, la maison » résume cette sagesse paysanne fondée sur l’équilibre et la limite. La campagne apparaît alors comme un espace de mémoire, de stabilité et de transmission des savoirs.

À l’inverse, l’arrivée d’un nouveau village moderne introduit une rupture. Ces habitants « venus de la plaine ou d’ailleurs » ne possèdent ni racines locales ni véritable connaissance du territoire. Leur rapport à l’espace est utilitaire au mépris des dangers naturels. L’ironie de l’auteur — perceptible dans l’exclamation « Merveille des calculs ! » — souligne la fragilité de cette certitude moderne. Le contraste entre ces deux mondes met en évidence un conflit de valeurs : prudence contre arrogance, mémoire contre oubli, lenteur contre précipitation.

Cette opposition renvoie directement à la sensibilité personnelle de Michel Maurette. Profondément attaché aux paysages du Sud, à la montagne et à la culture paysanne, l’auteur défend une vision humaniste et respectueuse de la nature. Ayant été témoin des transformations du monde rural, il exprime une inquiétude face à la disparition progressive des modes de vie traditionnels et des savoirs populaires. Son écriture devient ainsi un moyen de préserver cette mémoire.

Un appel à respecter l’équilibre entre l’homme et la nature

Par la richesse de ses descriptions et la finesse de son regard critique, Michel Maurette rend hommage au monde paysan tout en mettant en garde contre les dérives d’un progrès déconnecté du réel. L’ouvrage, Michel Maurette : écrivain-paysan, 1898-1973 de Pierre Loubière (Bib. de cons., F Reg C 127) témoigne de cette singulière écriture. 

Son attachement personnel à la simplicité, aux paysages montagnards et aux valeurs rurales donne à son texte une portée actuelle. Il invite le lecteur à réfléchir à la manière d’habiter le monde, à la nécessité de préserver les équilibres naturels et à l’importance de concilier développement humain et respect de l’environnement.

« La vie et l’œuvre confondues de Michel Maurette restent une inépuisable source de vertus humaines. » (Pierre Loubière)