Culture, Travaux : Interview de Stéphane Fernandez, architecte de la future médiathèque

Les travaux de la future Médiathèque ont débuté en novembre dernier et se poursuivent. La phase de démolition sur l’ancien parking Edf, rue Pierre-Germain achevée sera suivie de celle de la dépollution du site. Le chantier de construction devrait débuter au deuxième semestre pour une livraison fin 2027.

Publié le – Mis à jour le

“C’est exaltant de travailler sur un site exceptionnel”

Stéphane Fernandez, et son équipe installée à Aix-en-Provence, ont remporté le concours pour la construction de cette future Médiathèque de Carcassonne Agglo livrée fin 2027. Un challenge relevé face à 118 dossiers et trois autres candidats en concours. L’architecte nous confie comment il a pensé cette future médiathèque, l’intégration dans un environnement unique entre berges de l’Aude, Bastide et Cité et ce que représente un tel projet pour lui.

Comment avez-vous conçu le projet de médiathèque de Carcassonne Agglo ?

Stéphane Fernandez : C’est exaltant pour notre agence de travailler sur un site exceptionnel ! C’est un site extraordinaire au sens de « en dehors de l’ordinaire ». Ce contexte avec la proximité de la Cité, de l’Aude et de la Bastide est impressionnant et nous nous sommes dits que nous avions une responsabilité. J’ai pensé ce lieu dans le sens de son lien avec le fleuve et la Cité. Ce que j’ai tenté de faire, c’est d’écrire un récit du lieu, raconter ce qui vient lier ces grands lieux et le livre qui est au cœur de l’activité de la Médiathèque et appuie l’imaginaire. J’ai conçu ce projet dans ce sens du lien entre le fleuve avec sa brillance, la majesté de la Cité et la Médiathèque. Les trois volumes de la Médiathèque presque en mouvement viennent, en quelque sorte, s’allonger le long de l’Aude comme si le fleuve les avait inclinés. Cette relation avec l’espace public est, pour moi, essentielle. Il y a aussi cette promenade le long du fleuve où j’ai beaucoup marché. Je me suis dit et si on prolongeait cette relation physique de la marche le long de l’Aude jusqu’à la Médiathèque. C’est ce que j’ai voulu avec ce grand emmarchement. La Médiathèque ne s’arrête pas aux bâtiments, elle se prolonge vers la Bastide par un chemin qui serpente dans les jardins que l’on va créer à la place de l’actuel parking. Tout cela s’est fait dans un travail du mouvement. La Médiathèque n’est pas un bâtiment figé. C’est cette relation au corps qui a guidé notre travail pour insérer la Médiathèque dans des usages qui vont bien au-delà de construire un bâtiment. La promenade est un élément essentiel.

Comment résumeriez-vous la philosophie de votre projet ?

“Sur le projet, les trois volumes répondent à la Cité par la matérialité. Nous avons choisi de travailler avec du grès bouchardé c’est-à-dire de la pierre attaquée aux marteaux qui donne un aspect ancien. C’est un aspect du dialogue entre la Cité à sa multitude de matérialités et la Médiathèque. Il était aussi intéressant de travailler les volumes pour faire échos aux tours de la Cité. Nous avons travaillé les deux premiers volumes en les orientant vers la Cité. Ils sont légèrement déhanchés. Dans la salle de lecture, les visiteurs verront la Cité comme suspendue. La fenêtre devient en quelque sorte la pièce. La relation avec l’Aude, en premier plan, et la Cité apporte un calme et permet de placer le visiteur dans une perception du monde apaisante.

Vous évoquez souvent pour parler de votre travail, « d’architecture silencieuse ». Comment cela s’est-il traduit pour ce projet ?

“Cela fait 25 ans que je développe ce concept. Je l’ai fait au travers de deux livres ; « Imperfection, atelier Stéphane Fernandez » et « Deuxième silence ». C’est pour moi une notion importante pour ne pas fabriquer une architecture bavarde. Une musique ou un silence s’apprécient en fonction du son d’avant et de celui d’après. La qualité du silence, c’est la concentration. Dans l’architecture, j’essaye de mettre au centre la concentration. Une approche sensitive où il est question de toucher, d’odorat… une évocation du rêve. Une architecture silencieuse, c’est une architecture sensorielle. Je dessine, par exemple, mes poignées de portes. Une poignée en bois avec une légère courbe va créer une certaine perception. L’orientation d’une pièce pour utiliser la lumière d’ouest, plutôt dorée, qui va fabriquer des souvenirs, les phénomènes liés à la proportion, le nombre d’or, les relations géométriques tout cela participe d’une architecture silencieuse. . Le bois avec son odeur pour crée un souvenir olfactif. C’est ce que j’ai développé pour la Médiathèque.

Dans ce projet, l’aspect environnemental est aussi très important ?

J’aime dire que la dimension environnementale est présente depuis la nuit des temps chez les hommes préhistoriques comme les Romains afin de minimiser l’utilisation de l’énergie. C’est quelque chose qui est inscrit dans notre ADN. Sur ces questions, notre atelier va plus loin. Il suffit de prendre exemple sur des bâtiments anciens comme ceux de la Bastide. C’est un ensemble de petites choses simples, et qu’on ne remarque pas forcément, comme l’épaisseur des murs, les protections solaires, la présence de petits volets pour ventiler, la géothermie (La présence de l’Aude à proximité va nous permettre de récupérer des calories gratuites). Nous travaillons cette relation avec cette matrice, la ventilation naturelle. Dans les anciens bâtiments, l’important est de ventiler, rafraîchir et aéré.

Vous avez 25 ans d’expérience, de beaux projets réalisés. Que représente celui de la Médiathèque de Carcassonne Agglo ?

Ce projet c’est la possibilité offerte de réfléchir sur un site exceptionnel. Cela me permet de développer une pensée extrêmement riche car il y a tellement de strates, de richesse culturelle, historique. C’est une chance ! Il y a aussi un autre point essentiel que je veux souligner en tant que fils d’artisan. Je mets un point d’honneur à travailler pour des humains. Et j’ai trouvé dans les équipes de Carcassonne Agglo à la fois un regard bienveillant, une positivité et une envie de faire des choses qui m‘ont soufflés. Construire, c’est compliqué et la confrontation au réel est complexe. La relation humaine doit être forte et puissante. C’est ce que j’ai retrouvé, par exemple, lors des trois dernières réunions avec la direction de la lecture publique sur le positionnement du mobilier testé sur une maquette au 20e ou lors des réunions avec le président, Régis Banquet. Notre cabinet concourt pour des prix et nous allons travailler, au travers de ce projet de Médiathèque, à faire connaître Carcassonne, la Belle endormie.