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Le fonds musical de la bibliothèque de conservation ne se distingue pas par son ampleur, mais par sa cohérence et par l’intérêt documentaire des œuvres qu’il rassemble. Il reflète à la fois la place de compositeurs à la renommée nationale et la richesse d’un héritage musical local transmis au fil du temps. Encore partiellement étudié, ce corpus mérite désormais une attention renouvelée, à travers un travail approfondi d’analyse et de valorisation afin d’en mieux saisir la portée historique et musicale. L’ancrage local constitue l’un des traits les plus marquants du fonds : le territoire carcassonnais a en effet vu émerger ou accueilli des musiciens dont la trajectoire et la notoriété ont dépassé le cadre régional.
Parmi ceux-ci, le compositeur Pierre Germain (1817-1891), né à Castelnaudary, joue un rôle significatif. Formé au Conservatoire de Paris, il étudie le piano, le violon et l’harmonie. Alors qu’il semble destiné à une carrière musicale dans la capitale, des contraintes familiales le ramènent dans l’Aude. Il exerce à Carcassonne en tant que professeur et devient, à partir de 1841, organiste de l’église Saint-Vincent. Son œuvre témoigne d’une activité de composition soutenue et diversifiée, mêlant musique religieuse (cantiques, messes), œuvres orchestrales et productions lyriques.
C’est dans ce domaine qu’il s’investit plus particulièrement, en collaboration avec le librettiste Louis Metge (1829-1898), originaire de Pezens. Ensemble, ils livrent plusieurs opéras tels que Simon de Montfort, Jeanne d’Arc ou Le Bâtard de Cerdagne dont le fonds conserve des versions manuscrites et imprimées. Cet ensemble témoigne de l’inscription de la musique locale dans des formes alors largement diffusées, dont elle se nourrit
Le compositeur Paul Lacombe (1837-1927) occupe quant à lui une place centrale. Inscrit dans la vie musicale française de la fin du XIXe siècle, il participe aux dynamiques de renouvellement de la musique de chambre et entretient des liens étroits avec plusieurs figures illustres de son temps. Associé à la Société nationale de musique dès sa fondation par Camille Saint-Saëns et Romain Bussine en 1871, il contribue à la diffusion d’un répertoire instrumental français alors en plein essor. Son œuvre, particulièrement abondante, couvre un large éventail de formes, allant de la musique de chambre (trios, quatuors, sonates) à des pièces pour piano ou des œuvres orchestrales (symphonies).
Le fonds conserve un ensemble caractéristique de ses partitions, notamment manuscrites, qui témoignent d’un intérêt particulier sur le plan matériel : le soin apporté à l’écriture dénote clarté, délicatesse et finesse d’un tracé où l’on observe très peu de ratures, attention qui dévoile une pratique maîtrisée de la composition et de la copie musicale. Contemporain de Georges Bizet (1838-1875) qui lui prodigue des conseils de composition et de Jules Massenet (1842-1912), Paul Lacombe entretient avec ce dernier une profonde amitié, entretenue par une correspondance suivie. Chevalier de la Légion d’Honneur, lauréat du Prix Chartier de l’Académie des Beaux-Arts, Lacombe bénéficie d’une véritable reconnaissance qui dépasse le territoire local.
Deux partitions de Lacombe proviennent d’ailleurs de l’Association des concerts symphoniques de Carcassonne : à la dissolution de l’association, en 1939, c’est toute une bibliothèque musicale de soixante pièces qui est transmise par l’intermédiaire de son président Frédéric Lauth (1864-1945).
Autre figure marquante du paysage musical carcassonnais, Michel Mir (1882-1958) se distingue par une activité structurante pour la vie musicale locale. Il débute sa carrière à Paris en tant que violoniste avant de s’installer à Carcassonne où il prend la direction de plusieurs ensembles dont l’Harmonie municipale. Compositeur, interprète et arrangeur, chef d’orchestre et pédagogue, hautement considéré par ses contemporains, il a contribué à diffuser le répertoire orchestral sur le territoire et à former plusieurs générations de musiciens jusqu’à susciter des vocations, notamment celle de Jacques Miquel (1935-2024), figure emblématique carcassonnaise.
Son ami Paul Lacombe, avec qui il nouait une relation constructive riche de conseils, ne tarissait pas d’éloges à son égard : en témoignent plusieurs partitions dédicacées.
L’activité de Michel Mir se caractérise par un travail important de transcription et d’adaptation d’œuvres. En effet, il ne lésinait pas sur les moyens ni sur le temps consacré à la multiplication de représentations orchestrales : le fonds conserve la trace de son implication, notamment à travers des pratiques de transcription et d’adaptation d’œuvres pour les ensembles locaux dont il transcrivait, à la plume, les partitions destinées à chacun de ses musiciens.
Enfin, en décembre 1953, la bibliothèque reçoit le legs Wybauw-Delmas, fonds réuni par le professeur Paul Delmas (1880-1962) et son épouse la cantatrice belge Gabrielle Wybauw (1883-1950). A côté d’ouvrages de médecine, d’éditions illustrées et autres reliures romantiques, cet ensemble comprend quelques partitions, dont quatre fragments d’antiphonaire.
Ainsi constitué, le fonds musical conservé par les médiathèques de Carcassonne Agglo apparaît comme un témoignage à la fois des pratiques musicales locales d’une époque et des réseaux plus larges dans lesquels elles s’inscrivent. Mais un tel ensemble n’a de sens que dans sa mise en pratique : sa valorisation passe autant par le travail scientifique de repérage et d’analyse que par l’interprétation des œuvres qui le composent. Conçues pour être jouées, les partitions invitent musiciens et ensembles à se réapproprier ce répertoire, en faire vibrer les notes et les faire sonner auprès du public dans les concerts, festivals et autres manifestations culturelles.